Notre France, notre Europe

L’époque est peu propice aux raisonnements lointains. Serait-ce le signe d’une haine envers nous-mêmes ? Nous le savons bien, nous, étudiants de Sciences Po pour qui relever un argument faisant référence à une période antérieure à 1945 relève de la mécréance, et un autre invoquant des événements d’avant 1789 de la sorcellerie. Quelle est donc cette magie amnésique, que les prestidigitateurs de la pensée béate nous infligent ? L’Histoire est une tare dans l’esprit des Hommes. Elle enseigne la raison, la maîtrise de soi et surtout la relativisation des fétiches contemporains. Elle circonvient l’effacement de la mémoire, seul rempart contre l’avilissement économique et spirituel.

La construction européenne post-Acte unique de 1986 ignore l’Histoire. Elle la hait, elle la vomit au nom d’une nouvelle idéologie millénariste capitaliste de domination de quelques uns sur tous, au nom du petit plaisir de ces derniers. La construction européenne de ces trente dernières années ignore l’Europe. Elle la nie, elle la flagelle au nom du drame de la Seconde Guerre mondiale. Elle prétend lui donner un visage qui n’est pas le sien, comme pour la punir de son identité. La civilisation européenne dévaluée outre-Atlantique est réimportée d’occasion sur notre vieux continent. L’Europamérique enserre les nations, soi-disant pour tempérer leurs ardeurs guerrières. Nos mandarins ne défendirent pas la construction européenne au nom de la civilisation de notre continent, mais au nom d’une idéologie béate anti-nationale, et en définitive anti-européenne. Certes, nos peuples n’ont pas la mentalité de grands vainqueurs capitalistes et il convient de les punir.

L’Europe ne peut-elle pas se penser comme civilisation ? N’y a-t-il pas une Europe de l’Esprit avant cette Europe du marché ?

Notre continent est extraordinairement riche. De Homère à Gunter Grass, de Socrate à… Onfray, des chants grégoriens à Einaudi, de Chypre au cap Nord. Voilà l’Europe, celle des cathédrales, des châteaux forts, des universités, des laboratoires, des résidences princières, de notre trentaine de langues qui sont signe de diversité, de richesse culturelle, formant ainsi l’une des civilisations les plus riches et les plus anciennes du monde. Est européen celui est amoureux de ces richesses, incarnées dans nos nations, toutes riches de leur histoire et de leur particularité, qui forment, par delà leur différence, le seul continent dans le monde où règnent la démocratie, l’éducation, les sciences et la culture pour tous. De l’Atlantique à l’Oural, de l’Alhambra au Kremlin, de la chrétienté à la laïcité, là est le génie de l’Europe, génie de ses nations, de ses États, dépositaires de la démocratie et du bien commun.

Seulement, invoquer l’identité multiple de l’Europe, sa richesse, ses incarnations nationales, ce serait sombrer dans l’identitarisme. Dire que notre civilisation, par delà ses erreurs, est brillante, reviendrait à risquer l’accusation de relativisme culturel. À Critique de la raison européenne, nous assumons notre amour pour une Europe incarnée par ses nations.

Nous assumons notre amour pour la France, grande patrie universaliste, bâtie par quarante rois, couronnée par la République, incarnée par le christianisme, puis par les Lumières et la laïcité ; patrie ouverte, soucieuse de la possibilité donnée à chacun de devenir français s’il le souhaite, patrie jeune, ambitieuse, enracinée profondément mais cherchant la canopée. La France est l’Europe en miniature. La France, comme ses sœurs européennes vient de loin et ne compte pas s’arrêter en chemin. Vouloir dissoudre la France dans l’Europe, c’est se priver de ce qu’est l’Europe.

Nous rejetons la braderie des valeurs européennes par les européistes, qui, sous prétexte de pacifisme détruisent nos nations et aseptisent l’Europe.

Oui à la culture, aux échanges, aux voyages, à la coopération scientifique, au projet politique de sécurité commune, oui à la connaissance de l’autre, oui à tout ce qui peut faire que nos nations s’enrichissent mutuellement.

Non au grand marché destructeur d’emploi, qui sous prétexte d’unification par l’économie, réenclenche une nouvelle guerre entre États, plus douce, plus vicieuse, plus aliénante. Celle de la compétition commerciale masochiste et délétère, assassine de nos racines.

Oui à la grande République Européenne, à l’Europe de Sully, à l’Europe des Lumières, à celle de De Gaulle, de Mitterrand et de Vaclav Havel. Oui à l’union des nations !

Membres de CRE, nous sommes patriotes européens parce que nous sommes patriotes français. La France est notre patrie et l’Europe notre civilisation. Contre les euro-béats, les euro-critiques pour l’Europe.

 Louis Anicotte

Novembre 2014

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Un commentaire sur “Notre France, notre Europe

  1. Je publie un autre commentaire sur cet article afin de corriger des propos qui m’apparaissent comme des idées-reçues et sur lesquels je serai heureux de débattre avec vous.

    Tout d’abord, l’idée que les fédéralistes et autres pro-européens soient des « eurobéats » est largement contestable. Ce n’est pas parce qu’on est attaché à la construction européenne que l’on considère qu’il n’y a rien de critiquable dans ce que fait l’Union européenne. Ce n’est pas parce qu’on est attaché à la France qu’on approuve tout ce que font nos dirigeants nationaux sans esprit critique.

    Ensuite, qui a dit que l’Union européenne, et à fortiori les Européistes tentaient de condamner la civilisation européenne en la jetant aux oubliettes ?
    Les collectivités territoriales reçoivent justement des fonds européens pour préserver leur héritage historique.
    La devise de l’Union européenne est « in varietate concordia », ce qui signifie « unis dans la diversité ». Les langues officielles de nos Nations sont langues officielles de l’Union européenne. L’Union européenne poursuit même des politiques de préservation des langues régionales.
    Pour vous persuader que l’Union européenne actuelle n’est pas qu’un grand marché, je peux prendre de multiples exemples, comme la liberté de circulation des personnes, la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, Erasmus, l’interdiction du chalutage dans les eaux profondes, et biens d’autres encore.

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